Les Palestiniens refusent de céder face aux crimes de guerre flagrants commis par
Israël, écrit Saleh Al-Naami depuis Gaza.
Un panache de fumée s’élève après une frappe aérienne israélienne
(photo/AFP)
Dans une interview publiée en hébreu, dans l’édition en ligne de Yediot Aharonot , le colonel israélien Mikey Sharbit a évoqué la résistance "féroce" rencontrée par l’armée d’occupation israélienne à Gaza. Parlant depuis son lit d’hôpital après
avoir été blessé dans la partie nord de la bande, Sharbit - commandant d’artillerie pendant la guerre de 2006 au Liban - a dénoncé les médias israéliens qui passent sous silence la compétence des
combattants du Hamas et la nature du terrain sur lequel l’armée israélienne a dû opérer les deux semaines précédentes.
Selon lui « C’est une guerre de fantômes » « Nous ne voyons pas les
combattants... On dirait qu’ils sortent de terre. Nous nous déplaçons à la surface avec l’impression qu’en dessous il y a une ville de fantômes qui se déplacent
également ».
Cette déclaration montre l’écart entre ce que disent les dirigeants politiques
israéliens et ce que vivent les commandants militaires depuis le début de la guerre, le 27 décembre. Selon l’armée, les brigades Ezzeddin Al-Qassam n’ont pas été touchées et elles restent
capables de poursuivre la bataille pendant un avenir prévisible. Sur le deuxième canal israélien, même Rony Daneyl, commentateur militaire partisan de la guerre, a dit aux téléspectateurs cette
semaine que l’armée lui interdit de mentionner les problèmes qu’elle a rencontrés sur le terrain et qui l’ont empêchée d’avancer pendant près de trois semaines après le début de la guerre malgré
les centaines de tonnes de missiles déversées par la force aérienne israélienne sur les Palestiniens.
Ces commentaires s’inscrivent dans le contexte des preuves de plus en plus évidentes
quant à l’emploi ordinaire par Israël d’armes interdites par les traités internationaux. Hassan Ashour, directeur du plus grand hôpital de la bande, Dar Al-Shifa, est horrifié. Il a parlé à
Al-Ahram Weekly des blessures et des plaies « absolument inhabituelles » constatées sur les cadavres et les blessées arrivant à l’hôpital. Ashour cite Mads
Gilbert, un médecin norvégien qui a travaillé en Irak après l’invasion étasunienne et qui est venu donner un coup de main à Al-Shifa une semaine auparavant.
« Le médecin nous a dit que ce qu’il a vu sur le corps des Palestiniens
arrivant à l’hôpital lui rappelait les produits chimiques utilisés par l’armée étasunienne contre les Irakiens en 2003 ».
Des sources médicales palestiniennes ont dit au Weekly
qu’Israël utilise à l’évidence du phosphore blanc lors de frappes contre les zones très peuplées de Gaza. Plusieurs corps fortement déformés et les « os calcinés » montrent
l’utilisation de phosphore blanc. Les groupes internationaux de défense des droits humains en Israël, notamment Human Rights Watch et Amnesty
International confirment ces accusations.
Alors que l’armée d’occupation israélienne poursuit sa guerre contre Gaza pour la
quatrième semaine, elle n’a pas remporté de succès militaires significatifs et elle a encore moins réussi à détruire le Hamas. Elle continue à se venger sur d’innocents
civils.
Jeudi dernier, un drone israélien a tiré un missile sur deux garçons de quinze ans,
Mohamed Elian et Siyah Abu Soweirah, qui jouaient au football dans le camp de réfugiés de Al-Nasseryat dans la partie centrale de la Bande. La tête de Mohammed a été arrachée de son corps et le
crâne de Siyah a été fendu en deux tandis que son cerveau se répandait sur le sol. Après cette attaque, l’armée israélienne a prétendu qu’elle avait « liquidé » deux combattants du
Hamas. De telles affirmations cyniques n’ont rien de nouveau.
D’après les sources médicales palestiniennes, sur les 1000 Palestiniens tués
jusqu’ici 80 % sont des civils dont 35 % des enfants.
Israël affirme que treize soldats sont morts pendant l’offensive terrestre, mais le
Hamas prétend que le chiffre beaucoup plus élevé.
Pendant ce temps, l’élite politique israélienne prend de plus en plus conscience de
la futilité d’une campagne militaire qui est restée très éloignée de son objectif d’éradiquer le Hamas. Les arguments font désormais rage pour avoir recours à des mesures encore pires pour en
terminer rapidement avec la guerre.
L’ex vice-premier ministre israélien, Avigdor Leiberman, chef du parti Yisrael
Beiteinu (Israël est notre maison), a déclaré mardi qu’Israël devait traiter le Hamas de la façon dont les États-Unis avaient traité leJapon pendant la Seconde Guerre mondiale, quand étaient
tombées des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Leiberman, qui s’exprimait devant des étudiants de l’Université Bar Illan, a déclaré : « c’est la seule solution et nous n’aurons
pas besoin de réoccuper Gaza ».
Ce genre de discours a été critiqué par des commentateurs israéliens, tels que
Aureet Dghani du journal Maariv. La guerre contre la bande de Gaza, écrit-elle, montre que la société israélienne ne connaît que le langage de la guerre. Les Israéliens se précipitent dans la
guerre parce qu’ils « haissent la paix et croient que la force est la seule solution pour atteindre les objectifs. La guerre ... courre dans nos veines, nous avons déclenché une guerre deux
ans et demi après la dernière dans laquelle nous nous étions précipités. Comment Israël peut-il prétendre qu’il représente une société pacifique ? » a-t-elle encore
questionné.
De frénétiques initiatives diplomatiques sont en cours pour tenter d’arrêter le bain
de sang. Les discussions des Égyptiens avec le Hamas ne semblent pas encore permettre une percée après que le Hamas, avec plusieurs factions palestiniennes, ait exprimé de sérieuses réserves sur
le texte initial de l’initiative.
Les négociateurs égyptiens préparaient des modifications dans le document en
discussion pour tenir compte des exigences du Hamas.
Le Hamas, le Jihad islamique et le Front populaire de Libération de la Palestine ont
à l’origine déclaré que les termes du document proposé auraient pour effet de mettre fin de la résistance palestinienne à l’occupation israélienne. En particulier, les réserves du Hamas et
d’autres factions de la résistance concernent la nature et le mandat de la présence internationale d’interposition prévue dans la bande de Gaza selon le texte original de
l’initiative.
En outre, le Hamas et les factions sont plus que réservés à l’égard des 10 à 15
années de trêve que l’Égypte espère imposer. Particulièrement inquiétant pour le Hamas est le fait que la fin du blocus imposé à Gaza n’est pas liée à la conclusion de l’accord, mais reste dans
l’attente « de discussions ultérieures ».
Mercredi, le porte-parole du Hamas, Oussama Hemdan a déclaré depuis Beyrouth qu’il y
avait eu « quelques progrès » après que le côté égyptien ait tenté de tenir compte des réserves du Hamas.
« La seule sortie de conflit pour nous », a déclaré Hemdan, « est une
cessation des hostilités israéliennes, le retrait israélien de Gaza, la fin du blocus et l’ouverture des frontières », a-t-il déclaré à Al-Jazeera.
Walid Al-Modalal, un Palestinien professeur de sciences politiques, a déclaré à Al
Ahram que les propositions diplomatiques de cessez-le-feu visent « à priver le Hamas de tout gain politique une fois la guerre finie ». les parties palestiniennes, arabes et
occidentales qui refusent le contrôle du Hamas sur la bande de Gaza, a-t-il poursuivi, « ont parié sur la capacité d’Israël de chasser le Hamas du pouvoir une fois la guerre
commencée ».
« Maintenant que le Hamas a montré sa capacité à résister et se maintenir, ces
mêmes parties veulent nier à cette organisation son influence sur le peuple palestinien. En faisant pression sur le Hamas pour qu’il accepte un cessez-le-feu sans gains, ils veulent affaiblir la
position de ce mouvement vis à vis du peuple palestinien et démontrer à celui-ci qu’il aurait payé un prix énorme pour rien. »
Les Etats arabes sont fortement divisés à propos de la situation à Gaza. Le Qatar a
demandé mardi que soit convoqué un sommet arabe d’urgence qui se tiendrait à Doha vendredi prochain. Jusqu’à présent, 14 Etats arabes ont accepté d’y participer même si ceux du Caire et de Riyad
ont annoncé leur refus, préférant assister à un sommet consultatif économique au Koweït dimanche prochain. L’absence de l’Égypte et l’Arabie Saoudite jette une ombre sur les résultats attendus du
sommet de Doha.
info-palestine.net
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